Des bouquins, pas des bombes : les bibliothèques du peuple

De nombreux articles publiés sur le mouvement des indignés ont insisté sur la présence de bibliothèque dans les sites d’occupation. Ces bibliothèques y jouent plusieurs rôles stratégiques : elles contribuent à la légitimation du mouvement Occupy, elles participent à la fondation de la communauté des indignés et elles nous entraînent à repenser notre conception de l’accès au savoir et à l’information ainsi que nos modèles de la bibliothèque.

Les récits sur le mouvement Occupy soulignent l’existence de la bibliothèque pour appuyer la crédibilité et le sérieux de la démarche. La bibliothèque installe dans le discours la préoccupation des indignés pour une ouverture à la diversité des idées, la recherche de contenu et de nouveaux repères, le dialogue entre les gens et les textes, entre les occupants et le monde extérieur. La bibliothèque est un instrument de légitimation positif :

The Occupy Wall Street Library is an incredible source of credibility for the larger Occupy Wall Street movement. A quick online search turns up dozens of stories from around the world that reference the library, and the prevailing attitude about it seems to be some variation of “these protestors are more together than you think, they even have a library.” This is a strong endorsement both of the movement and of the role of libraries in modern society. The idea that a library is seen as a mark of culture and that creating one is a mark of civic pride and gravitas says a lot about how the institution is still valued by society at large. (Christian Zabriskie, Library Journal)

Par ailleurs, la bibliothèque sert à créer des liens significatifs entre les lecteurs des sites occupés mais aussi entre ces derniers et ceux qui sont dehors, tout en appartenant au 99%, et qui font des dons. Naturellement, l’exercice de la lecture sociale favorisent la contagion et l’émergence d’un répertoire culturel commun d’idées et de valeurs. Mais surtout, le geste du partage est un appui tangible au mouvement et la communauté des lecteurs scelle la communauté des indignés en l’élargissant et en la consolidant :

This is an impulse so ingrained in the idea of books that people are creating tiny lending libraries to put in public places as signals that sharing books is an important act, something that creates community…So the Occupy Wall Street movement quickly acquired a library-not because information is needed. What with Google, Twitter, Facebook, and various streaming video sites, the movement is awash in information. It’s more a way to define the community through a culturally meaningful form of sharing, a physical impulse to pass books from one hand to another. It’s what you do when you come together: you pool your books so that they can be browsed and shared. Sharing books is communal nourishment, like breaking bread. (Barbara Fister, Library Journal)

Enfin, les bibliothèques du peuple sont des troisième lieu dans leur version la plus pure, c’est-à-dire, des lieux de rencontre, de conversation, des dispositifs informels et fédérateurs, des occasions pour les lecteurs plus que pour le matériel. Par ailleurs, si les bibliothèques du peuple sont des lieux, ce sont aussi, et peut-être même surtout, des événements et des actions . Leurs incarnations sont mobiles et nomades, ce sont des microbibliothèques, des bibliotentes connectées sur l’extérieur. L’organisation et les procédures sont anarchiques, cet système réinventé comme anti-système montre bien que l’important est d’être là sur le terrain au moment où les gens en ont besoin, d’être prêt à rejoindre les populations difficiles d’accès, mal desservis pour leur offrir les conditions d’un troisième lieu pour le savoir quand la situation le requiert :

This procedures creates a complete catalog of the books that sympathizers have donated, thanks to a small knot of natty book-lovers, some of whom unroll their camping gear at night amid the stacks of political theory, alternative economics, polemics on the financial crisis, bodice-rippers, and spiritual charlatanism of every kind. Once catalogued, the books go into an anarchist lending system, which is no system at all: take it if you want it, return it if you will, keep it if you need it. The catalog says nothing about the library’s present holdings except what has been there. It is an instantly obsolete memorial produced by tirelessly fastidious people who refuse to turn their fastidiousness into a rule for anyone else. It sits at the meeting-place of the database, the civic institution, and public art. (Jed-Jedediah Purdy, Observations from Occupy Wall Street)

La bibliothèque de Zuccotti Park est en plein air et celle de Boston sous une tente militaire; celle de Montréal, au Square-Victoria, est sous les bâches. On dit que les parcs, comme les bibliothèques, sont les derniers refuges de la gratuité et du laisser-vivre. Ces deux espèces rares sont ici réunis pour abriter et soutenir l’indignation et l’éveil d’une population abusée par le système financier. Avec des bibliothécaires de Libre de lire, nous nous rendons au camp du Square-Victoria porter des livres, les ranger et discuter de la forme que cette bibliothèque du peuple pourrait prendre à Montréal. L’objectif est pour le moment de gérer la croissance de la collection: on parle d’une soixantaine de livres à Montréal, de 500 à Boston, de 3 500 à New York. Je vous invite à venir marcher cet après-midi et, en même temps, à apporter quelques livres.

Pour plus d’informations, on peut consulter cette collection de liens sur le sujet.

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