Chronique sur la bibliothèque hors-les-murs-et-le-système

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10 novembre 2011

Il pleut. La fête est à l’intérieur de l’extérieur, sous les bâches.

À tous les jours c’est différent. Aujourd’hui, je trouve l’étagère no. 1 à moitié vidée de son contenu, les occupants avaient mis les livres en boîte. Les bâches ne se rejoignent pas parfaitement au-dessus de l’étagère no. 1 laissant voir un peu de jour et quand c’est jour de pluie, les livres y goûtent dégouttent. Intéressant de voir qu’on s’est préoccupé de les retirer de cette zone de vulnérabilité.

Deux nouvelles boîtes de dons, m’informe Éric qui vit derrière les étagères. Je pose quelques ex-libris mais je n’en ai pas beaucoup. Mon imprimante refuse désormais de les imprimer, blocage sur blocage. Il faut revenir aux techniques anciennes : découper et coller à la main.

Greg vient me dire bonjour. On se voit souvent mais on s’était peu parlé jusqu’ici. Il m’apprend que c’est lui qui ramasse les livres égarés le soir et qui les ramène. Il ajoute quelque chose comme "ça fait du bien de voir ça" en désignant la bibliothèque. Cherche-t-il à m’encourager parce qu’il m’a vu prendre une douche en tirant sur une toile qui contenait une poche d’eau accumulée alors que j’essayais de réduire la brèche? "Et bientôt, les gens vont en avoir plus besoin que jamais…il va faire froid, ils vont s’enfermer dans les tentes et ils auront rien d’autres à faire que lire." Mais, "il ne faut pas qu’ils lisent à la chandelle", on est d’accord.

J’ai toujours la caméra à la main parce que je photographie les couvertures des nouveaux dons, et c’est à partir de cette image que je saisis les informations dans la base de données le soir. "As-tu une photo de toi dans la bibliothèque ?" Ben non… "Donne, je t’en fais une pour ton Facebook." Merci Greg.

Des zines et de la littérature grise continuent de s’accumuler, du matériel beau, rare et fragile dont il faut prendre soin. Ça va nécessiter une réflexion particulière.

Je fais encore un peu de classement et je pars rejoindre ma collègue architecte : "Lucie, il pleut sur les livres, vas-tu venir voir qu’est-ce qu’on peut faire?" Oui, elle va venir voir mais en attendant, elle me suggère d’installer des rideaux de douches. Et, pour moi, un casque de bain.

11 novembre 2011

Le jour tombe quand j’arrive. Je rencontre une nouvelle personne, Jamie je crois, au centre d’informations. On discute de la brèche, il s’engage à installer des bâches un peu comme Lucie le suggère. Le temps qu’on fasse un brin de conversation, il fait noir. Il y a quatre boîtes à vider et une mauvaise nouvelle : le livre collectif, qui avait commencé à s’écrire grâce aux soins d’une attrapeuse-recueilleuse qui traçait au matin les signes des rêves des occupants, a disparu.

Éric me propose une chandelle. Mais le vent l’éteint tout de suite. La génératrice se met en marche, Jamie réussit à brancher une ampoule. Une fois, deux, trois de suite, c’est le black out qui se répète. Jamie lance que ça doit être comme ça à Bagdad et nous rions. J’en suis à me demander si je vais pouvoir finir de ranger : mon iPhone s’est épuisé à servir de flashlight. Puis, Walter surgit avec une petite lampe dell. Je le remercie et je lui dit que ça me donne l’idée de traîner une lampe frontale dans mon kit. "Like a miner’s lamp?" No Walter, a lamp for literature mining!

Winners take all politics
que j’attendais, après un appel via Twitter, est rendu sur les tablettes (merci Jason). Walter me demande un conseil de lecture. Je lui confie cet essai en attendant que je retrouve celle qui me l’avait demandé (penser à l’avenir à noter le courriel des gens qui font des suggestions particulières). La dernière fois, c’est Robert qui m’avait recommandé de lire Les héroïnes de Montréal (parce que l’auteure s’appelle aussi Marie).

J’achève de classer dans l’obscurité, une femme m’interpelle : "Est-ce que vous voulez prendre ce livre?" Je discerne le titre: L’homme rapaillé…Je jubile…Comment la bibliothèque avait-elle pu se faire en son absence ? D’instinct, je demande le nom de la donatrice. "Yolande Villemaire". De sa main à la mienne. Transmission.

Tout s’éclaire. On est rendu à l’occupoésie.

Yolande Villemaire a passé la journée à filmer ceux ici qui sont arrivés à ce qui commencent, dans ce pays de jointures et de fractures (paroles remixées de Miron). Le don de son oeuvre à elle, Micropoésie, met du sens et du féminin dans cet espace. Elle serait prête à venir faire des lectures publiques avec Claude Beausoleil. Joie.

Je prends l’avion pour Paris ce soir, la bibliothèque d’Occupons Montréal retourne sous la responsabilité de la communauté. Trois collègues bibliothécaires, Normand, Pascale et Patrick ont répondu à mon appel et viendront faire leur tour.

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5 réponses à “Chronique sur la bibliothèque hors-les-murs-et-le-système

  1. Quel bonheur de découvrir ton blogue Marie, c’est tellement vivant, naturel: on y voit l’intelligence collective à l’oeuvre. Nous voilà, semble-t-il et bien "arrivés à ce qui commence". J’ai été ravie de faire ta connaissance: hélas, la séquence filmée dans le noir est plutôt sombre hélas. Je l’inclurai quand même car ton enthousiasme à recevoir les poèmes de Miron pour la bibliothèque de Occupons Montréal fait plaisir à entendre! Claude Beausoleil vient de me dire que c’est comme si tu nous parlais depuis le "noir analphabète". On te souhaite un très beau voyage à Paris.

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