Lectures sociales, c’est la vie : Pascal Girard, Gurevitch, Rosalie Bertell et Charles Dionne

L’exposition L’art du livre jeunesse au Musée des Beaux-Arts de Montréal. En premier plan, une illustration de Stéphane Poulin.

Des lectures qui passent d’une main ou d’une machine à l’autre.

1. Tout Pascal Girard ou presque. On cherche une chose, on en trouve une autre, c’est la vie. Je vais à la bibliothèque pour ramasser les bandes dessinées de Zviane et de Iris, mais il ne reste plus rien de ces auteures sur les tablettes. Qu’à cela ne tienne, je ressors avec un épi de Pascal Girard : Nicolas, Dans le cruchon, Paresse, Valentin, Jimmy et le Big Foot. J’avais déjà lu les Jeunauteur alors j’ai complété la collection en achetant le nouveau Girard: Conventum (Shampooing, 2011) – pour constater avec amusement que c’est ma voisine, Helge Dascher, qui l’a traduit en anglais. Lancée dans une verticale de Girard, du titre le plus ancien au plus récent, je me suis convaincue que l’art de cet auteur est à son sommet dans les récits longs plutôt que dans les strips qu’il privilégiait dans les premiers ouvrages. J’ai bien parlé des récits longs, et non pas des grand récits, car c’est son quotidien que Girard invente avec son lot de moments tantôt candides, tantôt dérangeants, toujours fragiles. Valentin, Jimmy et le Big foot, Conventum sont d’excellents romans graphiques. Oui, c’est vrai, on ne peut s’empêcher de comparer sa ligne à celle de Sempé, ou son autofiction à celle de Rabagliati, mais l’impression ne dure pas: la facture graphique est moins triomphante, la nostalgie aussi et son personnage de névrosé, socialement mésadapté, est un gagnant littéraire. La page Wikipédia de Girard était incomplète et ne mentionnait pas la publication de Conventum; je l’ai mise à jour. Girard donne parfois des ateliers de bandes dessinées chez Drawn & Quaterly.

2. The Perry Bible Fellowship Almanack par Nicolas Gurevitch. C’est une recommandation de mon fils qui est probablement la personne qui me recommande le plus grand nombre de livres et de la manière la plus d’insistante que l’on puisse imaginer. Il a acheté ce livre pour 20$ au Comiccon le weekend dernier et j’ai vérifié sur Amazon: on l’annonce à 150$. Malin. Mais, il va falloir le sensibiliser au prix unique. L’ouvrage rassemble une collection de bandes réalisées par Gurevitch sur son blogue. Toutes les recensions que j’ai lues du Perry Bible Fellowship commençait par «inutile de présenter Gurevitch» alors je suppose que je ne devrais pas le faire non plus. Gurevitch maîtrise à merveille l’art du strip, la chute en trois cases et l’utilisation des conventions de la bd pour créer des effets qui déroute le lecteur sur la finale. Beaucoup de contenu sexuel qui peut faire plaisir à l’adolescent en chacun de nous – mais pour lequel je ne paierais pas plus de 20$. Les pages d’entrevue qui clôturent l’almanack sont superflues, selon moi, sauf si on partage le culte.

3. Sans danger immédiat? par Rosalie Bertell (Éditions de la pleine lune). Guylaine Maroist, co-réalisatrice de Gentilly or Not to be, m’a suggéré cette lecture deux fois plutôt qu’une. Avec ses 600 pages, je vais m’en tenir à une seule lecture de cette somme, mais une lecture radioattentive. Le projet de Bertell consiste à analyser les politiques énergétiques des États ainsi que les enjeux économiques et militaires qui les déterminent. Bertell considère la crise énergétique actuelle comme une crise structurelle profonde : le danger nucléaire est le symptôme d’un mal plus grave qui est celui de l’individualisme. L’espoir et la survie de l’humanité résiderait, selon elle, dans un élargissement du champs de la conscience humaine vers l’intérêt de la communauté planétaire. Cette critique radicale est tout à fait dans la lignée et le ton de nombreux ouvrages du dernier Chomsky. Même en déclassant Gentilly, la route de Bécancour vers ce nouvel ordre mondial apparaît, à la lumière de ce discours, encore bien longue.

4. En même temps par Charles Dionne (Publie.net). C’est le complément parfait de Rosalie Bertell, pour ce qui est de la longueur, puisqu’il s’agit d’un texte que François Bon a choisi pour inaugurer une collection de fictions courtes. En même temps est aussi le récit, en implosion, d’un vélo tout-terrain-urbain et de la crevaison métaphysique de celui qui tient, ou ne tient pas, le guidon en roulant. C’est une sorte de clochard céleste en chute libre qui approche le temps t du contact avec le bitume en songeant à «[c]hanger son vélo d’épaule». Super. Lu en lecture continue sur Publie.net via @bibliomontreal. J’ai récemment buté sur Charles Dionne au détour de mon fil Twitter, puis j’ai lu sa curation littéraire façon Poème sale – c’était sale mais rafraîchissant et j’ai totalement aimé. J’avais décidé de lire la nouvelle collection des ultra brefs intitulée Ouvrez! cette semaine, et je n’ai pas réalisé tout de suite, en m’exécutant, que c’était encore ce même Charles Dionne que j’avais croisé rue du web y a pas long, qui faisait des siennes, les mains pleines de cambouis sur la pagécran blanche.

Vu dans le cadre d’une activité de l’Association des Bibliothécaires du Québec (ABQLA), la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts: L’art du livre jeunesse.

Aussi, sur ma liste de lecture récente, Profession : bibliothécaire par Guylaine Beaudry (Presses de l’Université de Montréal, 2012) à qui je réserverai une entrée à part.

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