Le laboratoire vivant, une expérience de #sociétéculturedesign pour la future médiathèque de Lezoux en Auvergne

Une cartographie des usages de la future médiathèque par Benjamin Vesse

Une cartographie des usages de la future médiathèque par Benjamin Vesse

Il existe plusieurs cas de figure où des expériences de laboratoires vivants ou de design participatif se sont déroulées dans le contexte des bibliothèques et d’autres lieux culturels. Cette série d’articles vise à documenter certaines de ces démarches qui adoptent une vision de l’innovation ouverte, citoyenne, et qui cherche à reconcevoir les modes d’usages au profit de la création de la valeur par les biens communs. Le premier exemple est celui de la résidence de la médiathèque (bibliothèque) de Lezoux en Auvergne.

Le protocole, les contenus et les solutions qui constituent le processus définissant la résidence de la médiathèque de Lezoux sont présentés dans un livret qui est la source ayant servi ici à résumer et à décrire, assez littéralement, cette expérience de sociétéculturedesign.

Quoi et quand ?

Les partenaires, la Région Auvergne, le Conseil général du Puy de Dôme, la Communauté de communes Entre Dore et Allier et le laboratoire d’innovation ouverte de la 27e Région se sont associés pour poser la question « Qu’est-ce qu’une médiathèque aujourd’hui -et demain ? » en vue de concevoir une nouvelle médiathèque attendue en 2013. Typiquement, cette résidence a reposé sur une équipe pluridisciplinaire qui s’est réunie pour co-créer des solutions « avec et au plus près des gens » au cours de trois semaines d’immersion. Au nombre des objectifs, cette résidence visait à alimenter la réflexion sur les services numériques pour la future médiathèque.

La méthode

Le protocole de la résidence comportait des techniques inspirées du design de services mis à profit pour réaliser un exercice de co-conception avec les habitants en les associant au développement de la méthode, au déroulement de l’expérience et à la création des contenus. L’ensemble de la démarche a été documenté sur un blogue et dans un livret.

Le déroulement

La première semaine d’immersion sous le thème de « collecter, documenter, restituer » était consacrée à la découverte du terrain et de l’écosystème local avec ses spécificités, et même au-delà, à l’aide d’une veille stratégique sur les expériences porteuses reliées au projet. Le quartier général de la résidence s’est ancré en installant symboliquement une bibliothèque au cœur de la ville sur la place publique.

La collecte d’informations a été alimentée par des activités, notamment une foire aux expériences permettant de mettre en commun des initiatives innovantes ainsi qu’une bibliothèque de projets. La « restitution publique » a généré un travail sur les représentations à la fois de la bibliothèque et de la ville, qu’elles soient positives, négatives, ainsi que sur les désirs et les possibles. Une réflexion collective sur les valeurs et les principes structurant la future bibliothèque a été développée. La bibliothèque rêvée s’articulait ultimement autour d’un certain nombre de référents stratégiques : les pratiques numériques créatives, la convivialité et la citoyenneté, un fonds participatifs, un lieu de production de contenus culturels, les échanges de savoir-faire, les partenariats.

Une seconde semaine a été consacrée au partage des observations, à la formulation d’hypothèses et à l’expérimentation des futurs usages possibles. Différents dispositifs ont été prototypés et testés en situation réelle : les malles médiathèques, des cabines de téléchargement, un tournoi de jeux vidéo, des soirées publiques en visio-conférences, des étagères pour le partage des savoirs-faire et une collection valorisée sur le patrimoine culturel immatériel. Plusieurs de ces propositions visaient à faire de la bibliothèque « un outil culturel participatif ».

La dernière semaine orientée sur la « synthèse participative », visait à faire émerger du sens en concevant/designant des propositions et en les traduisant à l’aide de scénarios, de récits, de représentations visuelles, de projections susceptibles d’être partagées entre les habitants et les partenaires. Des conditions pour définir une approche nouvelle de collaboration avec le milieu, avant l’ouverture de la future bibliothèque, à travers des actions expérimentales, ont été mises en place. Des profils d’usagers, identités fictives et vies imaginées, ont été dépeints pour tracer les contraintes de la bibliothèque et les aspirations qu’elle suggère pour chacun d’entre eux : Yann le chômeur, Fatima la passionnée de lecture, George et Madeleine, 80-81 ans, Boris l’étudiant, etc.

Et après ? Des pistes d’action

Des pistes ont été avancées pour prolonger l’expérience et favoriser l’appropriation de la bibliothèque. Il s’agit d’ouvrir plus grande encore une bibliothèque déjà habitée. La bibliothèque existe déjà comme un projet vivant, née de la démarche, des rêves et des activités réunissant les citoyens et les partenaires. On suggère d’entreprendre une série d’activités qui consiste à:
• Installer un lieu provisoire d’accueil pour donner à voir et à désirer le nouvel espace;
• Proposer un menu de programmation pour son apprivoisement;
• Inventer des nouvelles modalités de micro-participation;
• Créer une identité pour la bibliothèque (logo, nom, marque) pour communiquer et promouvoir viralement;

D’autres pistes seront chargées d’ « amplifier les expériences » en réitérant et en professionnalisant certaines expérimentations, puis en évaluant plus finement la pertinence des propositions pour l’offre de services de la bibliothèque.

Enfin, les autres pistes touchent à la communication et à la manière de partager les informations selon le contexte. Dans un cadre plus officielle, il s’agit d’organiser des séances d’information sur l’avancement du projet. Et plus informellement, une lettre d’information serait envoyée, par courriel ou en papier, et des kiosques seront aménagés dans des lieux publics.

Et un plan d’usages

Le plan d’usages n’est pas un plan d’architectes mais une topologie des pratiques projetées. On exprime plutôt que l’on décrit et l’échelle est humaine. Certaines zones sont représentées en les sur-dimensionnant de façon à montrer leur caractère nouveau et les « parti-pris forts ».

Le plan d’usages sert à « rendre visible les idées nouvelles  pour une médiathèque. Révéler les changements de paradigmes, de nouvelles manières d’aborder l’équipement culturel, les contenus, les publics, etc. »

Le plan des usages est destiné aux acteurs du projet en vue d’ouvrir le dialogue avec les architectes.

Le plan d’usages de la bibliothèque de Lezoux présente diverses propositions qui sont expliquées dans le livret et qui comporte des éléments de rupture/renouvellement dans l’approche des services.

         1.   Les fonds

  • Le fonds documentaire se distingue par « une offre diversifiée et vivante » intégrant  les fonds documentaires des habitants.  La croissance des pratiques numériques et de l’accès à une offre incommensurable de contenus culturels sur le web suggère aussi que les bibliothèques « renforcent leur attractivité en misant davantage sur leur convivialité, leurs animations et en devenant des lieux de programmation culturelle. »
  • Le fonds traditionnel, qui opère via le système de prêt et de retour,  est « allégé »; il mise sur les « beaux objets culturels », beaux livres, vinyles de collection, coffrets, jeux vidéo, consoles, bref ces équipements et ces contenus culturels que les abonnés ne peuvent guère se payer.
  • Les fonds participatifs sont constitués par les citoyens, la communauté, les organismes locaux qui deviennent des « acteurs » de la bibliothèque. Leur constitution est facilitée par l’intermédiaire de dispositifs tels que L’étagère des habitants qui réunit les ouvrages prêtés par les habitants à la communauté, intéressant pour les nouveautés. L’étagère en libre-service 24/24 qui est inspiré du modèle de Bookcrossing proposant des livres même à l’extérieur sans nécessiter d’enregistrement et créant « des porosités entre le bâtiment et son environnement ». Les malles itinérantes qui circulent chez les gens avec les trésors de chacun créant des liens au sein de la communauté et avec la bibliothèque.
  • Le fonds des savoir-faire est valorisé par le biais d’une étagère thématique mobile des savoir-faire qui supporte notamment les animations extérieures. En lien avec des pratiques amateures ou professionnelles.
  • Le fonds numérique se décline suivant des modalités diverses. Un fonds numérique téléchargeable (fichiers livres, jeux, films) est accessible via des bornes, le site Internet ou des liseuses qui peuvent être empruntés. Des cabines  de téléchargement proposent aussi des contenus à l’aide de mobilier urbain situé à l’extérieur. Ces équipements permettent de faire découvrir les contenus libres, ceux des artistes actuels, le domaine public, etc. Sorte de fablabs pour les livres, l’atelier à beaux livres est animée par des graphistes et des relieurs qui vont accompagner les habitants, les écoles, etc. dans la re-matérialisation des œuvres dématérialisées dans le but de « fabriquer de beaux objets ».

       2.   Ateliers de production de contenus culturels. Des ateliers de production de vidéos et de sons seront offerts aux habitants par un médiateur numérique disposant de ces compétences. Les créations issues de ces activités pourront être intégrées dans les collections.

       3.   Convivialité et citoyenneté. La bibliothèque est conçue avant tout comme « un lieu vivant où l’on vient se rencontrer, se divertir, discuter, débattre, se délasser. Les espaces qui favorisent cette « citoyenneté conviviales «  sont : l’accuel-bar, inspiré des cafés librairies; le coin presse; l’espace de co-working « bruyant » pour le travail et la navigation; l’auditorium  multifonctions.

       4.   Service associé. La  bibliothèque crée des partenariats avec des organismes communautaires; elle offre notamment un bureau dans son espace pour la mission qui aident les chercheurs d’emploi.

       5.   Point lecture/micro-bibliothèque. L’hypothèse est posée de réfléchir à la présence de point de lecture, servant de relais pour les publics difficiles d’accès. Ces micro-bibliothèques comprennent : un micro atelier de reliure pour re-matérialiser les livres numériques, une cabine de téléchargement, un point de chute pour les malles itinérantes.

Apprendre en créant une « autre » bibliothèque 

L’expérience de la résidence a permis révéler l’importance de produire collectivement, de « penser les usages avec les usagers », de réaliser les simulations. Mais surtout, elle a permis d’aller plus loin dans le  projet de la bibliothèque entendue comme un autre modèle à travers des idées émergentes très fortes :

  1. La bibliothèque comme laboratoire vivant permanent. La démarche de la résidence et les expérimentations menées en lien avec les enjeux complexes touchant les acteurs du monde du livre, liés au numérique, aux jeux vidéo, à l’économie du partage ont permis de générer « une vraie conversation, de « provoquer des changements de regards, et de faire des choix collectifs en conscience. »On a donc appris la force de ce dispositif expérimental et l’intérêt de la prolonger en faisant de la bibliothèque, un laboratoire vivant citoyen permanent qui poursuit les tests et le prototypage de services innovants.
  2. La bibliothèque comme lieu de convivialité et lieu de création de communauté. La bibliothèque agit comme catalyseur culturel des pratiques d’échange et de partage des contenus entre les pairs, habitants, organismes.
  3. La bibliothèque est le territoire. Comme les habitants possèdent ensemble 5 fois plus de livres que la bibliothèque à l’échelle d’un territoire : « Pourquoi ne pas infléchir le modèle économique centralisé et à forte empreinte carbone de la lecture publique pour tendre vers un modèle pair à pair, dans lequel le lecteur et le médiathécaire ne sont plus les maillons finaux, mais le premier kilomètre de pratiques de partages organisées en réseau. »
  4. Le bibliothécaire devient, à la place d’un gestionnaire de stocks, un « animateur de pratiques de lecture et de partage.
  5. La mobilité (téléphones intelligents, portables, etc.) définit de nouveaux usages. Ces transformations supportent un modèle de l’accès en réseau, le partage des contenus, une approche DIY dans un contexte libéré des contraintes spatio-temporelles.

Des citations fortes :

Il y a de vrais éléments de réponse dans le schéma proposé des usages de la future médiathèque. Ces usages ont une vraie résonnance avec et sur le territoire. C’est dérangeant et c’est bien.

Vous avez sorti des tables et des chaises sur le trottoir, vous avez rencontré des gens : vous avez mis le projet [de] la médiathèque sur la place publique. (Jean-Christophe Lacas, chef de projet)

Pour aller plus loin :

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  8. j’ai bien aimé cet article!! c’est très important et très significatif!!L’expérience de la résidence a permis révéler l’importance de produire collectivement, de « penser les usages avec les usagers », de réaliser les simulations. Mais surtout, elle a permis d’aller plus loin dans le projet de la bibliothèque entendue!!!!

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